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Mélissa (texte)

Bonjour, moi c’est Mélissa. Je n’ai pas grand chose à raconter, mais je crois que vous allez me prendre pour une folle. D’ailleurs, je suis actuellement en observation dans un hôpital psychiatrique. Bien sûr, ce que j’ai fais n’a rien de vraiment grave. Enfin apparemment pour eux, si. Voilà, je vous explique : cela fait maintenant cinq ans que je suis ou étais, je ne sais pas trop, avec mon petit-ami Alex. Cinq ans, c’est déjà pas mal pour une relation vous me direz, de toute façon je ne regrette pas mon geste. Au bout de cinq ans, on s’était déjà mis en appartement, on avait commencé à parler bébé et tout. Mais moi y a toujours eu un truc qui me chiffonnait : le mariage. Alors j’ai toujours essayer de ne pas penser à ça, après tout c’est vrai que ça à quelque chose d’angoissant dans la vie d’une femme. Mais non, à 24 ans, non, je ne suis pas prête à me marier et je pense ne jamais l’être même dans une vingtaine d’années. L’autre jour, j’étais donc chez moi à la maison, en train de découper un poulet pour nos invités du soir : mes beaux-parents. Il devait être quelque chose comme une heure trente de l’après-midi. C’était l’heure que Alex rentre, alors je l’attendais impatiemment en regardant l’horloge fixée au mur toutes les deux minutes. Il est arrivé très peu de temps après et m’a dit de m’asseoir parce qu’il avait quelque chose à me dire. Au début, je n’ai pas voulu, je n’en voyait pas l’utilité. Mais quand il avait quelque chose à me dire « d’important », c’était toujours une grande demande ou l’annonce d’un décès, donc là je m’attendais vraiment au pire du pire encore une fois. Je me suis donc assise sur mon tabouret haut à côté de mon plan de travail où j’étais en train de découper le corps de ce pauvre poulet mort. Je l’ai regardé dans les yeux et j’ai vu que dans son regard, il y avait beaucoup de peur. Pourquoi ? Bonne question, je n’en avais aucune idée. Il a commencé à me déblatérer son habituel speech dans lequel il disait « ça fait cinq ans qu’on est ensemble, je t’aime… blablabla ». Oui bon d’accord, je suis peut-être un peu pessimiste et je n’ai pas l’air contente du fait qu’il m’aime, sauf que ce n’est pas le cas. Je veux qu’il continue à m’aimer. Bon des fois, souvent même, vu qu’on parle toujours de projet et que rien n’aboutit, je trouve ça lourd, comprenez ! Bref il m’a fait un speech pendant une bonne dizaine de minutes, à mis la main dans sa poche et là, il s’est mis à genoux en prenant ma main et en me demandant « Mélissa, est-ce que tu veux être la femme de ma vie ? ». Je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans ma tête à ce moment là, mais croyez-moi, je pense que c’était finalement le mieux à faire. Je lui ai souris, l’ai regardé tendrement dans les yeux puis j’ai lâché sa main. La seconde d’après, mon autre main a saisi le couteau avec lequel je découpais le poulet, j’ai mis ma main à plat sur le plan de travail et je me suis coupé l’annulaire et l’auriculaire d’un coup sec. Je me suis retournée vers lui en lui disant « non bébé, c’est hors de question ». Bien sûr, pris de panique, il m’a immédiatement emmenée aux urgences. Moi je ne voyais pas où était le mal. D’ailleurs, même en observation depuis quelques jours dans un hôpital psychiatrique, je ne comprends toujours pas ce que j’ai bien pu faire de mal. Mais il ne me le pardonnera jamais. Jamais…

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Lily (texte)

C’était un endroit charmant où tout le monde aimait aller se promener. Cela avait duré pendant des années, si ce n’est des siècles. Un beau jour du mois de mai, une jeune fille prénommé Lily était allée au parc municipal, accompagnée de sa mère. Pour la petite fille, c’était le pays des fées, un univers inconnu et pourtant si familier. Elle se rendait là, tous les jours après l’école afin de finir par apercevoir une fée, ou même son ombre. Elle essayait encore et toujours, mais sans aucun résultat bien évidemment. Lorsqu’elle arrivait dans cet endroit, la petite Lily allait toujours s’asseoir sur la balançoire accrochée au grand chêne du parc. Au bout d’un certain temps, la petite commençait à en avoir marre d’attendre les fées, alors elle se mettait à se balancer tout doucement, d’avant en arrière. Elle se balançait, toujours plus haut, essayant d’atteindre les doux nuages qui semblaient être de la barbe-à-papa. Cela dura pendant des mois et Lily ne désespérait pas. Un jour comme les autres, Lily se rendit de nouveau au parc. Elle attendit, comme toujours, les fées patiemment, pendant près d’une heure. Malheureusement pour la jeune enfant, une fois de plus, elle ne vinrent pas. Lily commença alors à se balancer d’avant en arrière sur la balançoire accrochée au majestueux chêne centenaire, comme elle le faisait chaque jour après l’école. Elle se balançait toujours plus haut, ses petits pieds touchant les feuillages de l’arbre. Elle revint en arrière. Puis se fut la chute fatale. La fillette tomba de sa balançoire, et se cogna la tête contre les pierres qui se trouvaient juste en dessous. Le crâne de la petite fille se fendit et on la vit se vider de son sang, lentement, sans pouvoir rien faire. La vie la quittait peu à peu. On vit alors les dernières gouttes de sang, brillantes et chaudes tomber à terre. On savait que c’était trop tard et que la petite fille ne serait plus. Cette magnifique enfant. La petite Lily. Peu à peu, les gens frappés par la tristesse et l’effroi cessèrent de fréquenter ce lieu pourtant si apprécié auparavant. On aurait crû que tous les malheurs s’étaient abattus sur la Terre en cet endroit précis. Les arbres ne fleurissaient plus, les ronces poussaient en désordre dans les parterres de fleurs et l’eau des fontaines et des petites sources était tarie. Il y régnait un froid glacial depuis ce ténébreux jour. Tout semblait inerte, froid et sans vie. La terre n’était plus fertile, le sable n’avait plus la même couleur et les pierres habituellement chauffées par le soleil étaient devenues froides comme le marbre des cimetières, comme en hommage à la tombe de Lily. Les cadavres d’animaux avaient fini par y trouver leur place. La moisissure et les fissures recouvraient chaque sculpture et chaque fontaine. Le vent continuait de souffler dans les rares feuilles restant aux arbres, comme une mélodie venue d’outre-tombe. Encore aujourd’hui, on dit que l’âme de Lily hante toujours le parc. On dit également que chaque jour, après la fin de l’école, la balançoire se met à bouger seule, d’avant en arrière, poussée par une force invisible sans même un souffle de vent.

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